Conversation avec Johanne LeBlanc, responsable du Service-conseil pour les cadres supérieurs de l’APEX

 

Johanne Leblanc, Head of Advisory Services to Executives|Chef du service-conseil aux cadres supérieursLe rapport annuel 2019-2020 du Service-conseil pour les cadres supérieurs de l’APEX met en évidence les difficultés auxquelles doivent faire face les cadres de la fonction publique d’aujourd’hui, notamment en ce qui a trait à la santé mentale, au harcèlement et aux conflits en milieu de travail. Le Service-conseil pour les cadres supérieurs est un service confidentiel et indépendant qui permet à tous les cadres du gouvernement d’obtenir gratuitement des conseils et du soutien.

L’APEX s’est entretenue avec Johanne LeBlanc, qui est devenue responsable du Service en 2017, après avoir travaillé plus de 30 ans en gestion des ressources humaines.


Quels sont les principaux problèmes mentionnés par les cadres de la fonction publique qui font appel au Service-conseil pour les cadres supérieurs?

Selon ce que j’entends, leur plus grande préoccupation est l’augmentation des tensions mentales. De plus en plus de personnes éprouvent des difficultés, mais de nombreux cadres hésitent encore à parler de leurs préoccupations par crainte d’être considérés comme faibles. Dans le même ordre d’idées, de nombreux cadres qui nous consultent sont aux prises avec des conflits en milieu de travail, y compris avec leurs propres supérieurs. Les problèmes de harcèlement ont également des conséquences diverses sur les cadres; ces derniers peuvent vivre des situations de harcèlement, être visés par des allégations ou devoir gérer des situations difficiles dans leurs équipes.

Depuis la publication du rapport du greffier en 2018, nous parlons de l’importance du respect en milieu de travail. Des progrès ont été réalisés sur ce plan, notamment grâce à l’augmentation de la formation et à l’amélioration des processus internes de traitement des plaintes et de résolution informelle des conflits dans les ministères. Cependant, je continue d’être témoin des conséquences dévastatrices de l’incivilité et de la lente dégradation de la dignité et de l’estime de soi dans les milieux de travail.

Si l’on ajoute les répercussions de la pandémie de la COVID-19 – l’isolement, l’épuisement, l’augmentation de la charge de travail et l’anxiété liée à la santé, à la famille et au travail –, on constate que de plus en plus de cadres atteignent leur limite de stress sans avoir les réseaux de soutien habituels pour les soutenir.

Comment pouvons-nous améliorer la situation?

Certains facteurs de stress sont sans aucun doute difficiles à changer, mais nous avons le contrôle sur notre comportement et sur la façon dont nous communiquons avec les autres. Nous constatons toujours que les personnes et les organismes ont du mal à aborder les conflits de manière saine et efficace. Il est possible de mieux utiliser les interventions informelles en cas de conflit, les évaluations du milieu de travail et les stratégies de rétablissement pour désamorcer les conflits et améliorer les compétences de gestion. Cependant, nous voyons trop souvent des cadres qui sont abandonnés par leur organisme dès que des allégations sont faites avant même que la procédure établie ne soit appliquée et ce sont leur carrière et leur bien-être psychologique qui en subissent les conséquences.

Par ailleurs, il est impératif d’améliorer les résultats en matière de santé mentale des cadres. La haute direction a un rôle essentiel à jouer, non seulement pour ouvrir le dialogue sur la santé mentale, mais aussi pour adopter un comportement qui permet aux cadres de montrer leur vulnérabilité et d’obtenir le soutien nécessaire. Je vois trop de clients qui vivent du désespoir, et il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi.

Comme l’inclusion et la lutte contre les injustices raciales sont devenues des priorités, nous nous attendons à ce que l’on insiste plus fermement sur l’élimination de la discrimination au sein de la fonction publique, y compris dans ses formes les plus subtiles contre les minorités visibles, les femmes et les personnes LGBTQ2.

Dans quels domaines des progrès sont-ils enregistrés?

La fonction publique a réalisé d’importants progrès pour ce qui est d’accroître la sensibilisation au harcèlement et à l’intimidation. Par ailleurs, de plus en plus de bureaux d’ombudsman ou leur équivalent sont créés, ce qui est positif. Les ministères semblent également mieux organisés pour faire de la médiation et mener des enquêtes sur les incidents, et nous constatons que les cadres ont accès à plus de renseignements sur ces questions. Cela dit, nous voyons davantage de cas où les principes d’équité procédurale ne sont pas appliqués dans les enquêtes administratives.

Je me réjouis également de voir que davantage de cadres font appel au Service-conseil pour les cadres supérieurs et viennent nous voir plus tôt lorsque des situations difficiles se présentent. Ainsi, mon équipe et moi-même pouvons leur fournir un soutien plus complet et leur donner le temps d’explorer toutes leurs options.

Je suis vraiment fière que le Service-conseil pour les cadres supérieurs donne des résultats positifs pour les cadres du service public, dans tout le pays et à tous les égards. Les responsabilités de direction peuvent être très gratifiantes, mais elles s’accompagnent d’une certaine solitude, laquelle s’accentue lorsque les choses tournent mal. Je veux que tous les cadres qui lisent ceci sachent qu’ils ne sont pas seuls. Nous sommes là pour les aider, et nous fournirons toujours les meilleurs conseils possibles, et ce, sans poser de jugement.

N’hésitez pas à communiquer avec nous.