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Fonction publique au Nord du Canada

Blogue – Cadre supérieure invitée, Micheline Kilabuk-Cote, Directrice, Pilimmaksaivik, Iqaluit

L’APEX célèbre le Mois national de l’histoire autochtone et la Journée nationale des peuples autochtones

Nous nous entendons tous pour dire que nous avons vécu une année sans précédent à cause de la pandémie de COVID-19. Si la plupart des Canadiens se sont rapidement adaptés pour offrir des programmes et services essentiels depuis le confort de leur salon, il n’en a pas toujours été ainsi chez nous. Au Nunavut, nous faisons face à des défis qui peuvent limiter notre capacité à progresser dans cette nouvelle normalité.

En voici un exemple patent. Je vous écris de ma maison, à Iqaluit, au Nunavut. Nous vivons un printemps anormalement frais et en ce 1er juin ma connexion RPV (VPN) me cause des difficultés… parce qu’il neige. Oui, vous avez bien lu. Dans la région de l’Arctique, la neige peut nuire à notre bande passante. Cela dit, c’est un irritant relativement mineur. Je peux très bien tenir ma prochaine réunion sur MS Teams en utilisant ma ligne téléphonique fixe, et faire de mon mieux pour y participer malgré ma connexion inégale. Je suis très chanceuse d’avoir une vie confortable – ce n’est pas le cas de la majorité de la population inuite au Nunavut.

Juste avant le début de la pandémie, en décembre 2019, j’ai accepté de relever un nouveau défi en tant que Directrice de Pilimmaksaivik (le Centre fédéral d’excellence pour l’emploi des Inuits au Nunavut). J’ai occupé divers postes depuis que je suis entrée au service du gouvernement du Canada en 2008, et je suis à la tête de Pilimmaksaivik depuis sa création en 2016. Contribuer au progrès des Inuits en matière d’éducation, de formation et d’emploi est une passion pour moi. En effet, je souhaite ardemment aider les Inuits à comprendre les occasions qui leur sont offertes grâce à l’Article 23 de l’Accord du Nunavut (en anglais, Inuktitut et Innuninaqtun seulement) et aider le gouvernement du Canada à atteindre un taux d’emploi des Inuits représentatif au Nunavut.

J’ai longuement réfléchi avant d’accepter de bouleverser ma vie, et j’ai pris le temps d’examiner mes options. J’ai consulté mes proches, dont mon amie Tina DeCouto, qui, à la même époque, finalisait son rapport de recherche, Uncomfortable Inuk – Exploring Inuit Qaujimajatuqangit, en tant que boursière. Tina et moi avons passé de nombreuses soirées à explorer les parcours professionnels complexes qui nous ont amenées à nous croiser. Nous sommes du même âge, nous avons fréquenté la même école secondaire, mais nous avons pris des voies différentes à l’âge adulte. Tina travaillait (travaille toujours) pour Nunavut Tunngavik Inc à titre de directrice du développement culturel et social inuit au moment où on m’offrait de diriger Pilimmaksaivik. En fin de compte, c’est notre passion pour l’avancement des Inuits qui nous lie. Elle m’a encouragée à accepter ce poste. Elle était la mieux placée pour le faire.

Les quinze derniers mois, qui ont concordé avec ma première année en tant que cadre supérieure, ont été en montagnes russes. Quelle initiation! Mais je suis sûre que mes collègues à l’échelle du pays en ont aussi vu de toutes les couleurs. Cela dit, je suis heureuse de vous annoncer que l’équipe de Pilimmaksaivik a accompli beaucoup de choses en cette période difficile. C’est en adhérant aux valeurs sociales inuites, et particulièrement à Qanutuurniq – qui signifie être innovateur et ingénieux –, que je n’ai jamais perdu mes objectifs de vue et que j’ai poursuivi sur la voie de la réussite.

Nous, Inuits, avons toujours dû nous adapter pour survivre et notre adaptation à la « nouvelle normalité » post-pandémie n’est pas différente. Grâce à ikajuqtigiinniq (le travail collaboratif), nous avons pu mener les activités de Pilimmaksaivik de façon sécuritaire. Nous avons procédé à un recrutement de personnel intensif, nous avons organisé des événements d’apprentissage et nous avons poursuivi nos programmes de préparation à l’emploi. En décembre 2020, neuf participants terminaient le Programme sur l’apprentissage et le perfectionnement des Inuits. Nous avons tenu un événement virtuel où nous avons présenté les réalisations de chacun et auquel ont assisté les partenaires du programme des quatre coins du pays – quelque chose qui n’aurait pas été possible avant la pandémie. Voilà toute une réussite!

La prestation des services dans le Nord est exceptionnellement importante, et les programmes et services qu’on y offre doivent tenir compte des particularités culturelles et géographiques de la région. Lorsque les leaders qui prennent les décisions sur ces programmes et services viennent du Nord et y travaillent, les communautés sont plus susceptibles de les accepter. En tant que cadre supérieure, je suis fière de prêter ma voix aux Inuits, et de tenir compte de leurs perspectives dans les programmes et services que nous offrons.

J’encourage les cadres supérieurs de la fonction publique à l’échelle du Canada à penser à leurs collègues du Nunavut, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest. La région de l’Arctique et du Nord est riche en cultures et en langues. Faites votre possible pour apprendre un dialecte autochtone (vous pouvez apprendre l’Inuktitut à l’adresse https://tusaalanga.ca/welcome-bienvenue!). La prochaine fois que vous participerez à une conférence téléphonique avec des gens du Nord, surprenez-les grâce à vos nouvelles compétences linguistiques. Ils l’apprécieront. Nakurmiik!

Cette année a été difficile, mais elle m’a permis de constater que la fonction publique est forte, résiliente et pleine de ressources – jamais auparavant je n’avais vu autant de ministères et de gens collaborer afin de déployer les efforts nécessaires pour atteindre leurs objectifs communs.

Nakurmiik, Ulluqattiarit !

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